ثقافة Khouyoul ou « la cité des hommes » : Pour que l'arbre de la vie s'épanouisse
Des bras qui se tendent vers l’autre, des fronts qui se frottent, des mains qui se lient, des corps qui se touchent, qui s'entrelacent, qui s'encouragent. Une chaîne humaine joyeuse, pas très rangée, qui se compose et décompose avec tendresse, rires et sourires pour raconter toute l’attention dont a besoin l’humain pour pouvoir évoluer et s’épanouir.
12 acteurs-danseurs se sont réunis lors d’une résidence artistique au cœur de la Médina de Tunis à l’initiative de l’association « l’Art Rue » pour donner naissance à « Khouyoul », un spectacle chorégraphique qui réinvente, en corps et en musique, les rapports humains et comment forgent-ils l'être.

La chorégraphie de Joke Laureyns et Kwint Manshoven est très « parlante ». Elle raconte à travers de petites scénettes ces histoires de « lutte » personnelle ou de groupe. Ces luttes essentielles pour construire son être, pour se tailler une place dans la cité des hommes. Les tableaux sont faits de fragilité, de joie, de résistance et d'énergie porteuse d'espoir fou. Que l'humain puisse surmonter ses défaites et aller de l'avant.
Les danses racontent d'abord le don de soi, condition requise à toute évolution humaine, le don des personnes qui nous entourent, un don fait d'amour, de sacrifice plaisant, de bienveillance jusqu'à ce que l'os tienne. Puis il y a encore ces corps qui viennent soutenir, caresser, pousser, porter. Que serait l'homme sans ceux-là, sans leur apport, sans leur tendresse, sans leur soutien. Car ainsi est fait l'homme. Il n'est pas cette souche isolée qui croît sauvagement au gré des jours.
Puis, musique aidant (le trio Imen Mourali, Mahmoud Turki et Alaeddine Mekki jouant en live), les corps en délire insinuent la jungle. Une jungle humaine qui prend forme tout en chaos, tout en violence. Les corps se déchaînent, s’entêtent, se tiraillent, se rebellent avant de créer leurs propres lignes de fuite, de s'acclimater ou de renouer avec la paix, la construction. ِCar il y aura toujours dans l’histoire de l’humanité des temps pour la paix et d'autres pour le conflit ou la guerre comme nous le rappelle si bien la pièce.

S’ensuit des scènes touchantes telle que celle joyeuse du sceau d’eau ou celle émouvante du trio d’enfants qui n’arrive pas à tenir le coup ou bien celle durant laquelle le jeune Yassin s’enfuit du groupe, ou celle finale de la construction des murs de la cité.
La chorégraphie de Khouyoul demeure tout au long de la pièce attachée à la valeur "corps", ce "bâtisseur" qui a tant besoin de l'autre pour progresser, pour avancer. Tous les plans de danse se basent sur cette idée fondamentale de l'autre ou des autres qui viennent booster, doper, stimuler pour que l'arbre de la vie s'épanouisse et puisse porter ses fruits.
Après Tunis où furent données trois représentations à la salle le Quatrième Art, la pièce volera vers la Belgique où seront donnés 6 spectacles à Gand, Anvers et Bruxelles avant de revenir à Tunis en octobre 2019 pour être présentée dans le cadre de Dream City. Khouyoul de Joke Laureyns et Kwint Manshoven est une co-production du Théâtre National Tunisien, Kabinet K et l’Art Rue.
Chiraz Ben M’rad